La pharmacopée guadeloupéenne, se soigner avec les plantes des milieux humides

Herbe Charpentier, Justicia pectoralis

De par sa richesse floristique, la Guadeloupe s’apparente à un véritable réservoir de molécules utiles pour le domaine de la pharmacopée. Si bien que 15 espèces de plantes originaires de la Guadeloupe ont été intégrées à la liste officielle de la pharmacopée française en 2013, sur les 46 espèces à l’échelle de l’outre-mer tropical français.
Les zones humides, et leurs cortèges floristiques associés voire inféodés, présentent des intérêts en matière pharmaceutique. Parmi les plantes typiques de ces écosystèmes, l’hydroctotyle (Centella asiatica), qui répond également aux noms évocateurs d’ « herbe aux grenouilles » ou « écuelle d’eau », est une plante vivace, rampante et semi-aquatique qui affectionne les régions marécageuses, les zones d’arrières mangroves, de tourbières ou les bords de mares. Le site de Taonaba, à Belle-Plaine, présente de formidables stations. On pourra également y rencontrer la Petite véronique (Bacopa monnieri) qui, une fois mise sous forme de gélule, permet de lutter contre l’anxiété ainsi que le Girofla qui soulage les articulations lorsque l’on pratique un massage à base de rhum. Même l’huile du Fromager (Ceiba pentandra), un arbre que l’on peut rencontrer dans la forêt marécageuse, procure des bienfaits. D’autres plantes, plus ubiquistes, se rencontrent dans des conditions de sols frais et humides, en zone plus ou moins ombragée : l’Herbe Charpentier (Justicia pectoralis), La Zoreye mouton (Struchium sparganophorum), ou encore le Dartrier Cassia alata.
Les Rimèd razyé – comprenez les plantes médicinales – et leurs usages sont aujourd’hui le fruit d’un métissage, allant de la culture créole jusqu’à la médecine ayurvédique pratiquée initialement par les populations indiennes. Leur apport est ainsi très présent dans le domaine de la pharmacopée traditionnelle à base de plantes, en témoigne les nombreuses espèces importées de ces contrées et qui trouvent dans les milieux humides de la Guadeloupe un lieu favorable pour s’épanouir. Le Vétiver (Vetiver zizanioides ou Vetiver nigritana), qui résiste parfaitement à des inondations importantes s’étalant sur plusieurs mois, le Curcuma « Safran Péyi » (Curcuma longa) qui préfère les zones humides et fraîches et le Gombo (Abelmoschus esculentus), exigeant en chaleur et en eau, témoignent de ces apports.

Curcuma

Mais dans un contexte de changement climatique et d’accroissement des pressions anthropiques sur tous les compartiments de la biosphère, l’érosion de la biodiversité menace directement certaines plantes médicinales des milieux humides. Le réseau TRAMIL, créé au début des années 80, est un réseau caribéen de chercheurs et de travailleurs de la santé qui œuvrent pour la reconnaissance et la valorisation des savoirs et des pratiques de cette médecine alternative.
De la protection des zones humides, et de leur flore médicinale a fortiori, découlent donc de nombreux enjeux : socio-culturels d’une part, avec le recours à des innovations dans le domaine de la santé et pour la sauvegarde des savoirs vernaculaires, et environnementaux d’autres parts. Protéger les zones humides contribue donc à la préservation de tout un pan du patrimoine des Guadeloupéens, qui traduit leurs liens forts entre nature et culture.

Zèb a fanm, Wedelia trilobata
Trèfle, Aristolochia trilobata
Ti poulbwa, Centella asiatica
**** Télécharger la fiche