Activités humaines, culturelles et patrimoine des milieux humides

Plantation de madères, Colocasia esculenta

Si l’imagerie balnéaire prévaut dans nombre de représentations de la Guadeloupe, les premiers habitants de l’archipel l’ont nommé dans leur langue Karukéra - L’Île aux Belles Eaux – en référence à ses nombreuses sources limpides. Les milieux humides de la Guadeloupe semblent donc avoir structuré dès l’origine le rapport des autochtones à leur territoire, en témoignent les nombreuses gravures amérindiennes – appelées également pétroglyphes – que l’on retrouve dans les lits des cours d’eau de plusieurs sites majeurs.

Pétroglyphes

Avec l’arrivée des populations d’origine africaine, la valeur symbolique et sacrée des milieux humides va perdurer dans la culture créole. Certains de ces milieux humides sont l’antre de mythes et de superstitions : Soukougnans habitant les fromagers de la forêt marécageuse, petits autels dans la mangrove destinés à se protéger d’un mauvais sort ou bien pour l’invoquer, manman dlo ayant sauvé l’étang de l’habitation Besnard lors de la sécheresse de 1872 dans la commune de Petit-Canal.

Fromager, Ceiba pentandra

La forêt marécageuse recèle des activités propres à la culture et aux savoir-faire créoles. C’est un milieu où la pratique du Jaden Kréyol s’est longtemps effectuée, notamment par les esclaves fugitifs appelés neg’marrons « inspirés des savoirs des indiens Caraïbes et y intégrant l’influence africaine de leurs racines » 1. La culture et le patrimoine de la Guadeloupe se perçoivent tel un véritable palimpseste, où s’entremêlent le vécu de populations d’origine diverses. La pratique agricole du jardin créole repose sur les principes de la polyculture, sur un espace restreint, destinée à l’autosuffisance alimentaire des foyers : plantes vivrières et cultivars - tel que le madère noir ou blanc qui apprécie l’ombre et l’humidité de la forêt marécageuse - plantes médicinales et même d’ornement s’y côtoient en une formidable alchimie ! La lisière de la forêt marécageuse permet aussi le développement de cressonnières, où l’on récolte le cresson, un véritable pan du patrimoine culturel et gastronomique de la Guadeloupe, encore aujourd’hui.
En Grande-Terre, la présence d’une source d’eau coulant à flanc du morne Grippon serait même à l’origine du nom de la ville de Morne-à-l’Eau 2. Jouxtant le territoire des Grands Fonds, qui comprend un vaste réseau de petites zones humides telles que les mares, la commune a évolué au fil de l’eau ! Véritable axe structurant, la construction du canal des Rotours est à l’origine du déménagement de la ville de Morne-à-l’Eau depuis l’actuel Vieux-Bourg jusqu’à la position qu’on lui connait aujourd’hui. Canaux, piliers d’aqueducs, prises d’eau… autant de vestiges liés au patrimoine industriel de l’archipel. Ce patrimoine lié à l’eau, s’il apparaît figé, est en fait une entité mouvante. En Grande-terre, le canal de Belle-Plaine, dédié initialement au transport des marchandises avant de tomber en désuétude, est aujourd’hui le lieu d’une réflexion et d’une valorisation de la part des pouvoirs publics. Les loisirs nautiques respectueux de l’environnement dont on envisage une future pratique, tel que le canoë-kayak, pourrait contribuer à maintenir les traces d’un patrimoine commun mais dont les usages, eux, évoluent.

Canal des Rotours

(1)https://la-sorciere-et-le-medecin.com/le-jardin-creole-jardin-bo-kay-plantes-medicinales-plantes-vivrieres-et-plantes-dornement/

(2) http://www.ville-mornealeau.com/decouvrir-la-ville/histoire-et-geographie

Bibliographie :   Vidaling, R. (coord.), 1998.
Le patrimoine des communes de la Guadeloupe. Éditions Flohic. Charenton-le-Pont. 398 p.

Télécharger la fiche